N°1 // février 2025
Passer et transmettre
Transmettre à d’autres ce qu’on a vécu, porté, accompagné...une réalité forgée dans une histoire et par des personnes : notre histoire.
Édito

Voici le n° 1 du « Journal » promis. Nous avons choisi pour titre « passer et transmettre» ! Ces deux verbes disent quelque chose du présent, du devenir et de la raison d’être de Saint-Alyre.

« Passer » : c’est ce qu’ont fait les Ursulines depuis 1808, avec tous ceux et celles qui, de plus en plus nombreux, ont été parties-prenantes de l’œuvre éducative. « Passer », être « de passage », c’est être là pour un temps : on peut laisser une marque, une trace, sans prétendre à rien de définitif. On traverse un moment, une histoire, on s’y inscrit, on en subit les soubresauts, on tente d’en infléchir des éléments, d’y poursuivre l’œuvre, comme lors de la traversée des deux guerres auxquelles le XXème siècle a été confronté…

« Passer », c’est aussi se résoudre à une forme de fin : « tout passe ». Mais l’ami qui promet : « je passerai » dispose à une attente heureuse. Il ne restera pas forcément longtemps ; passer c’est aussi ne pas s’imposer, ne pas s’incruster…
C’est offrir une présence qui a sens et saveur, et perdure au-delà de la rencontre physique.

« Passer » c’est encore opérer une « passation », c’est « transmettre » à d’autres ce qu’on a vécu, porté, accompagné ; s’en défaire non par désintérêt, au contraire ;
mais parce que le temps est venu de mettre en d’autres mains ce qu’on n’est plus en état de conserver et de faire vivre.

L’esprit de la dévolution de tutelle est bien celui de la transmission d’une réalité forgée par une histoire et par des personnes, précieuse pour cela et pour la finalité qu’elle incarne : aider à grandir, à tisser des liens et à faire communauté, c’est-à-dire éduquer.

Voici le premier exemplaire de ce Journal, qui n’a d’autre but que de vous intéresser à la démarche, de vous fournir des informations, de vous engager à réfléchir : une rubrique « courrier des lecteurs » peut s’y ouvrir qui prendra en compte réflexions, questions, suggestions … tout, hormis l’anonymat, est postulé comme recevable.

Bonne lecture, et au plaisir de reprendre l’échange – qui peut tout aussi bien être oral et informel, au hasard de nos rencontres dans la Maison…

Sœur Saint-Pierre
pour le comité de pilotage de la dévolution.

le récit
Saint-Alyre
terre chrétienne
IIIème – XVIème siècle
Sur la terre de Saint-Alyre...
L’œuvre des Ursulines de Saint-Alyre est déterminée par le passé dans lequel elle s’enracine.

> L’implantation du christianisme en Auvergne, sur la terre même où s’établira l’actuelle Institution

> Un enracinement très profond sur cette terre, qui se lit dans les constructions au fil des siècles

> En 1792, l’Abbaye bénédictine de Saint-Alyre est un champ de ruines ; en 1800 la grande église est totalement détruite. Le projet éducatif se lit à travers la construction de l’établissement. Chaque bâtiment qui correspond à une époque de la construction correspond également à une page du projet. 

> Par exemple, le bâtiment I (longtemps appelé « Bâtiment Technique » : années 70, sorte de HLM scolaire) … 

Sr Marie de l’Enfant-Jésus a eu le courage de susciter la construction d’un bâtiment pour recevoir les élèves qui étaient refusés dans les autres établissements de Clermont et de leur proposer quelque chose, d’avoir un projet pour eux.

Le projet pastoral est inscrit dans les bâtiments, il est parlant de lire la pastorale dans les bâtiments.

> d’emblée le lien étroit avec l’église locale, une commune implantation,

> la présence bénédictine multiséculaire, la vie monastique,

> une histoire faite de crises à traverser, d’injonctions à renaître, à aller de l’avant, 

> une constante adaptation au présent, aux mutations que traversent les hommes, les sociétés, les espaces…

Une constante adaptation au présent, aux mutations que traversent les hommes, les sociétés, les espaces...
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Le « Vicus Christianorum » ou Bourg des Chrétiens

Vers 250 : arrivant à Augusto-Nemetum (Clermont-Ferrand), l’évêque Saint AUSTREMOINE s’abrite dans un lieu désert, au nord-ouest de la cité : cette terre est couverte de broussailles, les « Bughes », on y trouve une source sacrée.

Il évangélise les chrétiens, dont ce sera désormais le quartier. Ce premier bourg chrétien sera détruit peu après par les Germains de Krock. Les chrétiens connaissent les persécutions et le martyre ;
on les enterre dans le sol de Saint-Alyre qui devient dès lors une terre consacrée où l’on vient implorer des guérisons.

Saint Austremoine y fait édifier une chapelle : « Sancta Maria inter Sanctos »,
« Notre-Dame d’Entre-Saints ».

Cette chapelle ne sera détruite qu’en 1795. La tradition situe son emplacement au centre du corridor dit de la porte, là où se trouve la fresque éponyme. Les premiers évêques résideront à proximité de cette chapelle jusqu’à la construction d’un monastère.

Saint-Alyre, de la famille des comtes de Dallet, évêque de Clermont de 337 à 385, selon des dates aujourd’hui controversées, est sans doute le premier évêque connu ayant eu son tombeau près de Notre-Dame d’Entre-Saints. Connu pour ses dons de thaumaturge, il fut appelé à Trèves par l’Empereur que l’on suppose être Clément-Maxime, afin de délivrer sa petite fille d’un mal étrange.

... dans le monde chrétien
SAINT-AUGUSTIN, 354-430

naît à Thagaste. Étudie puis enseigne comme rhéteur la grande culture latine. L’influence d’Ambroise, évêque de Milan, de Monique, mère d’Augustin, de la lecture de Saint Paul, contribuent à sa conversion de l’été 386. Baptisé de la main d’Ambroise à Pâques 387, il rentre en Afrique pour aider comme prêtre puis comme coadjuteur l’évêque d’Hippone qu’il remplacera à sa mort en 396.

« J’ai commencé à l’aimer, non pas comme quelqu’un qui enseignait la vérité – ce que je désespérais complètement de trouver dans l’Église – mais comme un homme
qui me voulait du bien
».
(à propos d’Ambroise, Confessions V, 13.23)
.

Voulez-vous savoir si Dieu est là ?
Quand vous vous tournez vers lui, avez-vous au cœur la sollicitude du genre humain ?
Si l’humanité est présente à votre tendresse, à votre amour, Dieu est là.

Saint-Augustin par Philippe de Champaigne

Saint-Alyre devait mourir sur le chemin du retour.

Les évêques qui succèdent à Saint-Alyre sont enterrés dans l’église où il reposait, ou dans des oratoires proches. Saint VÉNÉRAND fut enterré dans une « Memoria »
toute proche de l’église et construite par lui. Ce fut sous l’épiscopat de Saint Vénérand que les capitaines d’Honorius (de 406 à 412) occupèrent l’Auvergne : grâce au prestige de son pasteur, Clermont n’eut pas trop à souffrir de ses envahisseurs ; aussi quand Vénérand mourut  en 423, fut-il canonisé par acclamation et proclamé
« sauveur de la patrie ». (vestige de cette « Memoria » dans le jardin de la communauté).

Grégoire de Tours nous a laissé une description détaillée de la Memoria de Saint Vénérand. La chapelle est encore debout, intacte dans sa structure, sinon sa décoration : marbres et sarcophages furent vendus en 1791 ; rare témoin sur notre sol français de la foi au 5ème siècle.

Au 5ème siècle, la première cathédrale est édifiée ; les évêques vont habiter près de l’église principale, mais l’usage est conservé de les enterrer dans la chapelle du « vicus ».

Le début du 5ème siècle connaît les désastres des invasions barbares ; à cette

époque, l’évêque envoie des prêtres missionnaires former des paroisses rurales ;
présents à Saint-Alyre, c’est seulement dans la première moitié (?) du 7ème siècle qu’ils cèdent la place aux disciples de Saint Benoît.

5ème siècle : construction de la première cathédrale, mais les évêques sont enterrés dans la chapelle du « vicus ».

Invasions barbares ; l’évêque envoie des prêtres missionnaires former des paroisses rurales. C’est dans la 1ère moitié du 7ème siècle qu’ils cèdent la place aux disciples de St Benoît.

Désormais c’est le « fardeau épiscopal » : un peuple à enseigner et à défendre, l’Église d’Afrique à protéger de l’hérésie. Augustin fait face au crépuscule d’un monde : les barbares pillent Rome en 410, envahissent l’Afrique du Nord. Augustin meurt dans Hippone assiégée.

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Basilique Saint-Augustin, Annaba, Algerie © Dan Sloan
« Nous reconnaissons en Saint Augustin l’inspirateur de notre vie communautaire ... »

Constitutions des Ursulines

«Si ce que je suis pour vous m’épouvante, ce que je suis avec vous me rassure. Pour vous en effet, je suis l’évêque ; avec vous je suis chrétien. Évêque, c’est le titre d’une charge qu’on assume ; chrétien, c’est le nom de la grâce qu’on reçoit. Titre périlleux, nom salutaire.»

Saint Augustin, Sermon 340,1,

cité en Lumen Gentium 32, constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II.

« Que jamais nous ne disions que vous êtes nos brebis ! Ce n’est pas là une parole catholique, ce n’est pas une parole vraie, ce n’est pas une parole de Pierre parce qu’elle s’élève contre la pierre (qui est le Christ). Vous êtes des brebis, mais les brebis de Celui qui nous a rachetés, vous et nous ».

Sermon Denis, 12

« Voulez-vous savoir si Dieu est là ? Quand vous vous tournez vers lui, avez-vous au cœur la sollicitude du genre humain ? Quand vous cherchez à vous approcher de lui, apportez-vous avec vous l’humanité avec ses soucis ? Venez-vous avec ceux qu’il vous a donnés à aimer ? Si l’humanité est présente à votre tendresse, à votre amour, Dieu est là ».

De Trinitate PL 42

Sa « RÈGLE » est composée vers 400.

Son œuvre exprime la rencontre du désir et de la grâce ; le cœur insatiable qui ne peut s’apaiser qu’en Dieu ; le salut par l’amour.

à Saint-Alyre...
Les Bénédictins

Au 8ème siècle, au plus tôt vers 670, les fils de Saint Benoît s’établissent à Saint-Alyre : « On donna aux moines, pour première fondation, l’église et toute l’enceinte dont avaient joui jusque là les évêques… Le monastère fut bâti et les moines en prirent possession… Mais les ecclésiastiques qui desservaient les deux grandes églises (la Cathédrale et Saint-Alyre) avant l’arrivée des moines voulurent que la chapelle de Saint-Vénérand fût pour toujours le dépôt avoué des évêques de Clermont ». Manuscrit de Dom Verdier-Latour, bénédictin (écrit dans les années 1820-1830). Au 10ème siècle, le monastère est renversé par les Normands.

Des moines sont massacrés. Rescapé du massacre, l’abbé, Bernard, demande à l’évêque la restauration des lieux réguliers.

Odon, abbé de Cluny, viendra lui-même la présider. En 1106, la basilique, dont les dimensions égalent celle de Cluny, est consacrée par le pape Pascal II en présence du Roi de France Philippe Ier. Église et monastère sont à l’abri de tout un système de défense : tours crénelées, remparts, fossés (reste la tour ronde de la ferme et le mur extérieur des classes du perron). À l’intérieur on travaille : témoins les manuscrits provenant de l’abbaye, textes de Saint Augustin, de Saint Grégoire et … une règle du couvent en patois auvergnat du 13ème siècle (manuscrits à la Bibliothèque Nationale, à la Bibliothèque de Cheltenham en Angleterre, aux archives départementales). L’école de l’abbaye avait grande célébrité. On y enseignait déjà l’hébreu, le syriaque et le chaldéen !

On s’y défend aussi des revendications des « nobles protecteurs » trop zélés, des Anglo-Aquitains au 14ème siècle, des Bretons de Thomas de la Marche, des « religionnaires » au 16ème siècle. C’était aussi à Saint-Alyre que l’évêque de Clermont nouvellement nommé faisait retraite avant de prendre sa charge. Le jour de son installation, l’abbé remettait le nouvel évêque à la ville et terminait son homélie par ces mots : « nous vous le donnons en vie, vous nous le rendrez mort » (allusion à la coutume qu’on avait d’enterrer les évêques à Saint-Alyre).

Philippe Ier, roi des Francs, et le pape Pascal II. Enluminure des Grandes Chroniques de France, XIVe siècle. Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 2813, folio 187 recto.
regle de saint benoit
Saint Benoît rédigeant la règle, portrait (1926) par Hermann Nigg (1849-1928).

… dans le monde chrétien :

La Règle de Saint Benoît est approuvée par le Pape Grégoire le Grand et se propage dans toute l’Europe.

… en Auvergne :

Fondation vers l’an 800, à MANGLIEU, du premier monastère bénédictin d’Auvergne.

À Saint-Alyre...

16ème et 17ème siècles : autour du monastère, le bourg de Saint-Alyre était absolument distinct de la ville de Clermont, avec sa vie propre, ses échevins ; fief dépendant du duché d’Auvergne et non du comte de Clermont (le bourg fut réuni à Clermont en 1798). Sa paroisse Saint-Cassi fut reconstruite au 12ème siècle (actuellement englobée dans le bâtiment Sainte-Claire).

En 1311, on retrouve dans le monastère le coffre funéraire contenant les reliques de Saint-Alyre, elles furent portées triomphalement dans toute la ville.

1526 : la peste, qui sévit à Clermont épargne les religieux de Saint-Alyre. Sous le règne de  Louis XIII (1601-1643), les moines de Saint-Alyre consentirent à s’unir à la congrégation de Saint-Maur dont le siège principal était l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris. l

… dans le monde chrétien

« Nous reconnaissons en Sainte-Angèle un modèle d’espérance radicale ».
Constitutions des Ursulines

Sainte Angèle MERICI (1474-1540) fonde à Brescia (Italie) la Compagnie de Sainte-Ursule.

L’Italie au début du 16ème siècle.
Le raffinement et le luxe de la Renaissance ; mais aussi la misère du peuple ; la guerre, les épidémies, les massacres et la faim.

L’Église connaît des heures sombres : incroyance et corruption parmi le clergé, divisions de la Réforme.

Pourtant des fraternités nouvelles, composées surtout de laïcs, ravivent la foi, l’entraide et la solidarité.

Elles anticipent le renouveau du Concile de Trente (1545).

Au cœur de ce monde troublé, Angèle Merici, simple villageoise d’Italie septentrionale, rassemble des bonnes volontés sans quitter les siens et met toute son énergie au service de Dieu et de l’Église.

D’abord au service des malades, c’est vers la fin de sa vie qu’elle se consacre avec sa Compagnie à l’éducation de la jeunesse.